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La feuille de coca bientôt en vente libre partout dans le monde ?

Par Sdenka Silva

Depuis 1961, la culture et la consommation de la feuille de coca sont interdites dans le monde entier. Mais le président Evo Morales, soutenu par les indigènes de Bolivie, compte bien faire sauter ce qu’il considère comme une atteinte aux droits des peuples indigènes.

Mastiquée par les Amérindiens depuis des millénaires, la feuille de coca est réputée pour ses vertus : elle calme, dit-on, le mal d’altitude, la faim et même améliore l’endurance. L’Organisation mondiale de la santé classe pourtant cette substance sur la liste des produits addictifs. Et en 1961, la convention unique sur les stupéfiants des Nations unies a déclaré la culture de coca universellement illégale, exception faite pour quelques cultures à usage traditionnel en Bolivie et au Pérou.

La politique d’éradication de la culture de coca a été plus ou moins strictement appliquée en Bolivie. A tel point qu’en 2008, pendant le premier mandat d’Evo Morales, la Bolivie a été sommée par l’organisation internationale de contrôle des stupéfiants de lutter contre la production de cette substance. Evo Morales, qui entamait en 2009 son deuxième mandat, a pourtant fait de la dépénalisation de la coca son cheval de bataille. Ancien cocaleros (cultivateur de coca), il a fait figurer la culture de la feuille de coca dans la Constitution en tant que "Patrimoine culturel" du pays.

A la demande de la Bolivie, l’ONU a entamé en 2009 un processus d’amendement de la Convention de 1961. Si aucun pays membre ne s’oppose à cet amendement avant la fin du mois de janvier, la feuille de coca sera autorisée à la vente sur le marché international. Le ministre bolivien des Affaires étrangères est actuellement en tournée dans plusieurs pays d’Europe pour plaider en faveur de la dépénalisation de ce produit. Mais les Etats-Unis, premier consommateur de cocaïne [drogue dérivée de la feuille de coca] au monde, pourrait bloquer le processus. Washington estime que cette décision pourrait nuire aux efforts mondiaux visant à contrôler le trafic de drogues.

"Il existe un gigantesque marché potentiel pour la feuille de coca"

L’importance de la feuille de coca dans la culture andine est difficile à estimer. Elle était considérée comme sacrée par les peuples Aymara, Quechua et Guarani depuis plus de 5000 ans. Et cette tradition s’est transmise de générations en générations. Offrir à quelqu’un une feuille de coca, c’est un signe de fraternité et d’égalité, c’est un des piliers du système social. La plante est aussi utilisée dans les rituels, pour ses vertus spirituelles, ou dans le cadre de troc.

La feuille de coca est excellente pour la santé. Plusieurs études scientifiques ont prouvé qu’elle était riche en calcium, en protéines et en vitamines. Une étude de Timothy Plowman démontre que le seul stimulant bon pour le corps est la coca. Une autre étude récente de Harvard montre qu’elle est riche en minéraux. Son avantage principal, c’est qu’elle stimule la circulation de l’oxygène dans le corps. Vous ne verrez pas un mineur bolivien aller à la mine sans son gros sachet de feuilles de coca. C’est indispensable parce que la quantité d’oxygène est très faible sous terre. C’est aussi un super anesthésiant. Les Européens ont découvert en débarquant aux Amériques à quel point ça pouvait être utile. Mais jusqu’à présent les Nations unies ont négligé toutes ces vertus naturelles.

"La seule compagnie qui est autorisée à faire une utilisation commerciale, c’est Coca-Cola… "

En raison de toutes ces propriétés de la coca, il existe un gigantesque marché potentiel pour ce produit, notamment au nord de l’Argentine où la plante se vend déjà sur les marchés parallèles. L’argument des Etats-Unis est de dire que la production nationale dépasse la quantité nécessaire pour la consommation domestique et que donc cette surproduction alimente le narcotrafic. Mais une des raisons pour laquelle cet excédent est transformé en produits narcotiques, c’est qu’il n’existe pas de marché international légal pour la coca. La seule compagnie qui est autorisée à faire une utilisation commerciale de ce produit est une entreprise qui pèse plusieurs millions de dollars, Coca-Cola…

Petit à petit, les Boliviens commencent à comprendre que la lutte contre le trafic de drogue a eu des conséquences désastreuses et que les seuls à en avoir profité sont les plus corrompus. Si cet amendement passe, la portée symbolique sera énorme pour les peuples indigènes qui ont subi plus de 500 ans de racisme dans cette région. Les Boliviens pourront envisager de sortir de la pauvreté en commercialisant ce produit. Mais, étant données l’acharnement de l’opposition et la complexité de la procédure de modification de la convention de 1961, je ne suis pas très optimiste."

Sdenka Silva est sociologue et spécialiste de la culture de la feuille de coca. Elle dirige le Musée de la coca de la Paz.


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