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Urgence de lucidité

A propos d’un énième article tendancieux

Le Monde du 2 Février 2011 rend compte d’une étude publiée par le British Medical Journal révélant l’influence néfaste du cannabis chez les jeunes utilisateurs. Celui-ci engendrerait des troubles psychotiques importants. Bien entendu, l’article ne se donne pas la peine de préciser lesquels.

Ce genre d’étude est particulièrement intéressant en ceci qu’il est démontrerait de manière définitive, les conséquences destructives du fonctionnement cérébral sous l’effet du cannabis chez de jeunes usagers. Il participe donc, sous couvert de recherche scientifique dont le seul but serait l’observation neutre de symptômes découlant d’une pratique, au renforcement d’une prohibition basique.

Mais soyons clairs.

Il est en effet reconnu que l’usage relativement intensif de cannabis révèle les tendances schizophréniques pré-existantes de certains sujets. Ceci dit, des études cliniques démontrent aussi que le cannabis stabilise l’état de personnes traitées souffrant d’une schizophrénie sévère.

De même, la réalité quotidienne démontre sans avoir besoin d’une étude scientifique, que dans la très très grande majorité des cas, le cannabis si il est de qualité convenable et d’usage relativement modéré n’entraine aucun symptôme particulier, en dehors d’une certaine relaxation ou d’une euphorie passagère, sans addiction particulière, et que son usage toléré en France jusqu’à la fin des colonies - il existait même une Régie des Kifs et Tabacs Marocains-, ne suscite pas de réaction aux conséquences épouvantables. Bien au contraire d’autre substances, légales !

C’est pourquoi, on se fatigue de ce type d’études, bien dans l’air du temps mais qui n’apporte rien de très particulier, sauf pour alimenter les chroniques des médias caressant la MILDT dans le sens du poil.

La consommation de cannabis n’est pas totalement inoffensive, tout le monde en est d’accord. Sans doute aussi moins néfaste que la cigarette produite industriellement, convenons-en. Mais dans le genre substance qui permet de "noyer son désespoir" et griller des neurones, l’alcool, pourtant tout à fait légal est bien pire dans les troubles mentaux suscités. En théorie, ces trois produits ne sont plus accessibles aux mineurs, mais en pratique d’autres phénomènes inquiétants existent. Comme le "binge drinking" un rituel adolescent d’alcoolisation forte et rapide pouvant entraîner un coma éthylique, les saisies chaque année plus importantes de cigarettes de contrebande, la pénurie de cannabis de qualité induisant un repli sur d’autres drogues illicites comme la cocaïne ou l’héroïne de plus en plus disponibles et concurrentielles sur le ratio Prix/Quantité/Effets. Prosaïquement, plus le shit est introuvable, cher et dégueulasse, plus le recours à d’autres drogues illicites (chimiques ou synthétiques) est dynamisé.

Avec la différence que dans un système prohibitionniste, l’héroïne comme la cocaïne ou le mélange créatif qui en tient lieu sont mille fois plus dangereuses que le pauvre cannabis. Sans parler de toutes les nouvelles autres substances chimiques, pas trop chères qui inondent la société.

Arrêtons de jeter en pâture toutes les prétendues calamités soi disant dues au cannabis pour l’édification des populations dociles qui se laissent endoctriner. C’est facile et terriblement contre-productif.

Si un jeune de 13, 14 ans s’amuse à inhaler ferme la fumée de certaines cigarettes de tabac légal procurées par son grand frère de 18 ans, il éprouvera également une petite réaction “intéressante".
Si ce même jeune s’enfile deux canettes en vente légale, toujours procurées par un grand frère compréhensif, le résultat sera plus fort.

Les élèves qui dorment en classe, quand ils ont encore le réflexe d’y figurer, ce n’est pas simplement dû aux pétards partagés la veille, mais aussi aux bières qui l’accompagnaient et également au fait qu’ils sont rentrés dormir nettement trop tardivement. Cela relève aussi dans de nombreux cas d’un entourage psychologiquement ou socialement fragile. Et il conviendrait de ne pas confondre, une fois encore, les conséquences avec les causes.

Cette propagande diffuse et insidieuse, centrée sur le cannabis source de tous les maux, commence à lasser, dans sa répétitivité stérile.
A l’heure actuelle, où dans le fin fond de la belle campagne française, on trouve plus facilement une dose de soi disant héro, mais qui donne un petit flash quand même, qu’une bonne boulette de shit, en plus à des prix très concurrentiels, les autorités morales et prétendument sanitaires feraient mieux de s’occuper de cette dérive inquiétante au lieu de courser sans relâche les petits revendeurs et consommateurs d’un produit malgré tout pas si nocif que ça. Ce qui est aussi scientifiquement reconnu.

Les interdictions sont faites pour être transgressées, surtout chez les adolescents. Apparemment, les messages données par les autorités n’ont pas vraiment d’échos, probablement parce l’usage en démontre le contraire ou presque, et donc qu’ils ne sont en phase avec aucune réalité quotidienne.

Il serait urgent de réaliser qu’il faut informer objectivement pour prévenir efficacement.

Il serait urgent de ne pas marginaliser le cannabis dans les revendications anti prohibitionnistes, ou dépénalisantes.

Il serait urgent de se pencher rationnellement sur les véritables problèmes, d’ouvrir simplement les yeux sur les résultats ce qui se tente ailleurs, dans des pays sachant dépasser l’ ordre moral réservé aux moins favorisés.

Le cannabis est commode pour « faire du chiffre » dans les statistiques de la police. Mais il n’est pas, et de très loin, la substance la plus nocive qui circule, parfois impunément dans certaines sphères.

Il serait urgent d’informer de manière fiable, sur son usage, sur les conséquences incontestables de son mélange à l’alcool par exemple, d’en dédramatiser l’approche. Il y aurait alors une véritable mise en garde efficace.

Voir en ligne : L’article original sur le site LeMonde.fr

Dans  Idées
Par  giu

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