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Tribune

Voulant lutter contre le cannabis, Etienne Apaire pousse la criminalité

Nous avons assisté à deux opérations de police largement médiatisées. Elles font suite aux alertes de la Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) et de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) sur le développement de l’autoproduction de cannabis, et le risque de production massive sous contrôle d’organisations criminelles.

Ce qu’elles démontrent, c’est que le risque majeur d’escalade dans la violence et l’insécurité est accentué par la politique d’Etienne Apaire, le président de la MILDT.

En France, la production de cannabis par la mafia est industrielle

Le 8 février 2011, en cherchant à démanteler un réseau vietnamien de travail clandestin, les policiers trouvent 700 pieds poussant sous lampes dans le centre de La Courneuve, en Seine-Saint-Denis. La France rejoint la liste des pays occidentaux où les mafias produisent du cannabis en quantité industrielle (Belgique, Canada, Pays-Bas, Tchéquie, Royaume-Uni, USA).

Au Royaume-Uni, dans les six dernières années, la production locale est passée de 15 à 90% du marché, avec une explosion de la criminalité induite et une inflation des coûts de la répression.

Dans le même temps, le Maroc, en collaboration avec l’ONU a réduit de 65 % ses surfaces cultivées de cannabis. A cause des produits de coupe toxiques, de nombreux usagers français se détournent du haschich vers l’herbe.

Les conditions sont donc remplies pour que des organisations criminelles réorientent le marché national en circuits courts. Le contrôle de la vente génère déjà une violence digne de la frontière mexicaine et son lot d’homicides, comme à Marseille le 11 mai 2011 où deux hommes ont été abattus à l’arme de guerre ainsi qu’à Paris (XIVe) le 22 avril dernier, sans oublier les récents incidents sanglants à Sevran, en Seine-Saint-Denis.

Pénaliser les petits producteurs au profit des mafias

Le contrôle de la production par les gangs va intensifier cette insécurité. La guerre à la drogue peut provoquer dans nos cités les mêmes ravages que dans les pays du Sud.

Parallèlement, le 6 mai dernier, Etienne Apaire se félicitait du succès de l’opération Cannaweed, du nom du site Internet espionné pendant un an par des cyber-gendarmes. L’enquête a mobilisé 19 parquets, des dizaines de policiers ont procédé à 23 perquisitions et 18 interpellations dont 14 gardes à vue.

Cette opération de grand style a permis la saisie de cent pieds de cannabis et quatre kilos de fleurs et de résine, soit une moyenne de cinq pieds et 222 grammes de cannabis par interpellation. C’est-à-dire le démantèlement spectaculaire d’un petit réseau d’autoproducteurs qui parfois dépannent quelques proches. Rien à voir avec une mafia internationale ou un gang de quartier qui pourrissent la vie des citoyens et menacent la démocratie et l’économie officielle.

L’opération ballon de baudruche

L’objectif d’Etienne Apaire est de dissuader les consommateurs de pratiquer l’autoproduction en allant s’informer et s’équiper sur Internet. Il espère ainsi que l’indisponibilité du produit les poussera à arrêter leur consommation.

Cela sera le cas d’une infime minorité, les autres retourneront sur le marché noir augmentant ainsi son attractivité, tout en s’exposant à des risques sanitaires et sociaux. Cette opération est un effet d’annonce, un ballon de baudruche, Etienne Apaire aggrave le problème en prétendant le régler.

L’autoproduction est actuellement l’unique moyen pour l’usager de se prémunir contre le cannabis frelaté du marché noir, sans participer à la dérive mafieuse. Il serait plus judicieux de dépénaliser la consommation des majeurs et de réglementer la production sous une forme individuelle et collective. Nous pourrions alors utiliser les budgets et les effectifs consacrés à la prohibition pour la lutte contre le crime organisé et la violence aux personnes, la prévention et l’information sur la dangerosité des drogues, la prise en charge socio-sanitaire des consommateurs abusifs.

Une autre politique des drogues est possible.

Laurent Appel (Auto-support des usagers de drogues), Jean-Pierre Galland (Collectif d’information et de recherche cannabique), Farid Ghehioueche (Cannabis Sans Frontières).

Photo : la Marche mondiale du cannabis 2011 (Damien Roudeau/Les yeux dans le monde).

Voir en ligne : L’article original sur le site Rue89.com

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