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Grainilla Hererist

En Grande Bretagne, ils plantent du cannabis dans l’espace public pour provoquer le débat

Dans cette interview délivrée par le site Vice.com, à propos d’un nouveau mouvement naissant en Grande-Bretagne "Feed the birds", dérivé des Cannabis Social Clubs qui se constituent depuis quelques mois outre-Manche, on retrouve la philosophie du Manifeste de l’UUCL qui promeut la "grainilla Hererist", elle même inspirée des actions menées en Pologne sous la bannière "Free Hemp zone".

Un mouvement qui devrait continuer encore longtemps.

Des gauchistes plantent des pieds de cannabis dans les centres-villes de Grande-Bretagne

Par Jake Lewis juin 30 2014

Source : http://www.vice.com/fr/read/feed-the-birds-planter-des-pieds-de-cannabis-en-centre-ville

Les partisans de la dépénalisation en Grande-Bretagne n’ont jamais été particulièrement chanceux. Les politiciens ne prêtent pas attention aux milliers de fumeurs qui se réunissent chaque année à Hyde Park malgré la pluie, ni aux pétitions et aux manifestations organisées à travers le pays. Il est vrai que la plupart n’ont pas une ampleur suffisante pour espérer attirer l’attention des médias, et encore moins pour provoquer des changements significatifs de la législation.

Mais depuis que d’autres pays – notamment l’Uruguay et quelques États américains – se sont engagés dans la voie de la dépénalisation, des militants britanniques ont décidé de passer à l’étape supérieure en se réunissant sous une bannière commune : les Cannabis Social Clubs de Grande-Bretagne. Leur dernière action en date est un projet intitulé Feed the Birds [Nourrissez les oiseaux], qui consiste à planter des graines de cannabis dans des lieux publics dans l’espoir qu’en poussant, les plants incitent les Britanniques à enfin engager un débat sur la législation actuelle en matière de cannabis.

La semaine dernière, j’ai rencontré « Finn », qui mène actuellement le projet. Nous avons marché le long de la Tamise, l’occasion pour lui de planter quelques graines et de m’expliquer le raisonnement qui les a conduit à mener cette action.


VICE : Salut, Finn. Alors, en quoi consiste exactement le projet Feed the Birds ?

Finn : Nous sommes un groupes d’individus réunis autour d’un même objectif. Nous pensons que c’est un bon moyen de favoriser la discussion et de sensibiliser le public sur la prohibition. En plantant ces graines, on montre au public ce qu’est vraiment le cannabis, loin de l’image qu’en donne la législation actuelle. C’est une sorte de guerilla urbaine pacifique, si on veut.

Il y a plein d’associations pro-cannabis, mais il n’y avait pas encore de groupes qui défendaient la légalisation de manière globale, en promouvant tous les différents usages (récréatif, médicinal, ou le développement d’une industrie durable autour du chanvre). Avec Feed the Birds, on espère offrir la possibilité à chacun de travailler à une cause commune de manière cohérente.

Quel changement espérez-vous provoquer avec cette action ?

Nous voulons provoquer le débat et montrer au gens que le cannabis peut très bien pousser en Grande-Bretagne. Le climat est parfait pour ça. C’est aussi l’occasion pour les gens qui ont des choses à dire de participer effectivement pour faire changer les choses, plutôt que de rester derrière un ordinateur et prendre part à des débats stériles sur le web. Nous voulons aussi créer une plate-forme d’accès à des informations scientifiques sur le cannabis, ce qui est très important – il faut que les gens comprennent bien les enjeux autour de la question pour pouvoir faire les bons choix.

Quel est l’intérêt pour vous de donner des graines à ces gens ?
En leur donnant des graines, on leur donne un peu de liberté. Qu’ils prennent du cannabis à des fins récréatives ou médicinales, les consommateurs sont dépendants du marché noir. En leur donnant des graines, on leur donne la possibilité d’être indépendant d’ici trois mois ; et de ne plus avoir à se tourner vers des dealers de rue. Je pense que c’est une réponse adaptée et responsable à la situation.

Qui participe à Feed the Birds ?

Les cannabis social clubs sont les plus actifs. On sait qu’il y a aussi des individus isolés qui participent de leur côté – des gens qui faisaient déjà ça avant et se sont joints à nous. Ça va du jardinier à l’avocat ou au banquier, il a vraiment plein de gens de milieux variés qui veulent nous aider.

Par où doivent commencer ceux qui veulent vous aider ?

Il y a plein de façons de se rendre utile : il suffit par exemple de partager nos posts sur Facebook, mais il est aussi possible de prendre contact directement avec nous ou avec un cannabis social club pour obtenir des graines et commencer soi-même à en planter dans sa ville.

Quelle variété de graines utilisez-vous ?

Nous choisissons les variétés en fonction des régions. Pour l’Écosse par exemple, nous avons pris des variétés qui résistent bien au froid et à l’humidité, avec une période de floraison plus courte. C’est aussi pour ça qu’il y avait un délai plus important pour recevoir des graines au nord : toutes les variétés n’ont pas le même rythme. Il faut prendre de nombreux éléments en compte.

Tu peux me donner quelques exemples des variétés que vous avez distribuées ?

On a trois variétés : une jamaïcaine, la Nanda Devi – qui est Indienne, et une autre qui vient de l’Himalaya. Les personnes qui voulaient du cannabis pour un usage médicinal ont reçu des graines féminisées à autofloraison. La plupart des graines distribuées ont un ancêtre britannique : ces graines étaient souvent issues de plants locaux et bios.

Pourquoi leur donner des graines à autofloraison ?

C’est plus pratique pour eux. S’ils en ont besoin pour se soigner et ont du mal à commencer, là, il leur suffit de planter la graine et ça va aller quasiment tout seul. En commençant avec une variété plus facile à faire pousser, on s’assure qu’ils découvrent petit à petit comment faire pousser leur plant.

Est-ce que Feed the Birds reçoit des financements extérieurs ? Ou la communauté des activistes pro-cannabis suffit ?

Nous aurions besoin de plus d’argent. Notre seul source de financement pour l’instant provient de la vente de T-shirts sur Kickstarter. Les activistes donnent ce qu’ils peuvent, et la majorité de nos graines proviennent de dons.

Combien de graines avez-vous distribué pour le moment ?

Des millions ? Je ne saurais vraiment pas donner un chiffre précis.

Des gens se sont opposés à l’initiative ?

Pas vraiment. La police n’a rien entrepris à notre égard. J’imagine qu’ils n’ont pas le temps de se préoccuper de gens qui font pousser du cannabis dans des lieux publics, mais c’est vrai que de nombreux plants ont été arrachés malgré tout.

Tu sais qui a fait ça ?

Ça peut être n’importe qui : la police, des passants, ou quelqu’un qui traque nos plants exprès – mais on a jamais vu personne le faire.

Tu as déjà vu des gens interagir avec les plants ?

Oui, on a vu des gens reconnaître la forme des feuilles. Nous, on les plante de manière sérieuse, mais ça faut toujours rire les gens. Je pense que c’est simplement que ça leur paraît absurde que les lois sur le cannabis soient enfreintes de cette manière, juste sous leurs yeux.

Vous privilégiez certaines zones de Londres, ou vous plantez partout ?

On a essayé de se concentrer sur divers lieux publics, à Londres mais aussi un peu partout au Royaume-Uni. Dans les mois à venir, quand les plants auront poussé, on risque d’en voir beaucoup plus. J’ai appris que certaines personnes s’étaient attaquées aux maisons de politiciens. D’autres graines auraient également été plantées sur un terrain appartenant à la Couronne. J’espère qu’on en entendra parler dans les mois qui viennent.

Comment vois-tu l’avenir de Feed the Bird ?

Idéalement, j’aimerais qu’on ait un site fonctionnel et clair, avec beaucoup d’information afin de sensibiliser le public aux effets positifs de la production de cannabis. J’aimerais que ça devienne un sujet politique. Selon moi, les choses avanceront rapidement le jour où on sera parvenus à attirer l’attention des hommes politiques sur la dimension économique de la question, sur le potentiel de l’industrie du cannabis. Il ne s’agit pas que de l’économie : l’environnement, la société, la santé sont concernés. Ce sont des sujets importants et il faudrait vraiment prendre en compte ces aspects de la question.

En ce qui concerne Feed the Birds, notre objectif est de favoriser la légalisation ; quand elle aura eu lieu, on reprendra notre vie normalement. Quand les consommateurs ne risqueront plus de problèmes pour avoir voulu privilégier une alternative à l’alcool ou à certains médicaments, nous saurons que nous avons rempli notre objectif qui était d’informer le public et le gouvernement et de leur présenter les bénéfices qu’on peut espérer d’une dépénalisation.

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