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Livre "Une ville sous emprise" - Saint-Ouen ou la loi du cannabis"

de Claire Guédon et Nathalie Perrier

Après le livre de Stéphane Gatignon et Serge Supersac "pour en finir avec les dealers", voici le livre témoignage de deux journalistes présentent quotidiennement sur le terrain de la ville de Saint Ouen.

Une ville sous emprise

Saint-Ouen et la loi du cannabis

de Nathalie Perrier et Claire Guédon (Editions du Rocher)

Présentation :

À deux pas du célèbre marché aux Puces, le trafic de cannabis est partout. Pas un quartier de cette ville limitrophe de Paris n’y échappe. Cette situation est unique en France par son emprise sur la population. Ce business tentaculaire qui génère régulièrement des épisodes de violence a déjà fait plusieurs morts.

Les gouvernements, de droite comme de gauche, ont fait de Saint-Ouen un exemple de la lutte contre le trafic. Comme à Marseille, le combat est sans répit. Présence massive de policiers, enquêtes judiciaires, traque des fumeurs de joints et des guetteurs, mur antidrogue et vidéosurveillance Tout est mis en oeuvre pour éradiquer les réseaux. Sans réel succès. Une question se pose donc : ne faut-il pas ouvrir un débat sur la légalisation ou la dépénalisation du cannabis ?

Pendant un an, Claire Guédon et Nathalie Perrier, journalistes de terrain, ont tenu une chronique au plus près des habitants, des consommateurs de cannabis et des guetteurs. Elles ont aussi recueilli la parole d’addictologues, de chercheurs, d’élus, de magistrats, d’avocats et de policiers.

Une enquête édifiante et passionnante qui montre comment la vente de cannabis et sa consommation marquent d’une empreinte indélébile les esprits et le paysage urbain.

Éditions du Rocher

- Claire Guédon est journaliste au Parisien depuis vingt ans. Elle a couvert comme reporter la banlieue parisienne.

- Nathalie Perrier, journaliste au Parisien de 1998 à octobre 2016, a publié en 2008 le livre Faut-il supprimer l’accouchement sous X ? Mères et enfants du secret témoignent, aux éditions du Rocher.

Extraits et citations


Mélissa, une locataire « à bout de nerfs »

« Moi, ce n’est pas le business qui me dérange, c’est le bruit, surtout la nuit. Je les [les dealers] entends parler jusqu’à deux heures du matin. Le lendemain, je me lève à 7 heures pour aller travailler. Je suis épuisée. »

Au fil des mois, la santé et le moral de Mélissa en ont pris un coup : « Une nuit, j’ai même dû aller aux urgences à cause de ça. Mes voisins me disent que c’est comme ça depuis dix ans ! Moi, ça fait beaucoup moins de temps que je suis là et je suis déjà à bout de nerfs. » Jour et nuit, les guetteurs stationnent à quelques mètres de ses fenêtres, devant les halls, les grilles d’entrée, sur le mur en hauteur du jardin de la crèche voisine :

« Ça parle, ça crie, ça résonne... Souvent, je sors sur mon balcon et je leur demande gentiment de se taire. Parfois aussi, quand j’en ai marre, je me mets à hurler ! Mais ils s’en moquent. » Pour ne plus avoir à subir leurs regards inquisiteurs, certains de ses voisins ont acheté des films anti-regards qu’ils ont collés sur leurs vitres. D’autres vivent les fenêtres fermées. L’arrivée des premiers rayons de soleil, que Mélissa accueillait auparavant avec joie, la fait désormais frémir. « L’été, c’est l’horreur. Ils ramènent leur petit barbecue. Ils font griller des merguez. Ça fume tellement que ça déclenche les alarmes incendie !

Céline, 8 joints par semaine

« Ici, je suis sûre de trouver ce que je veux. Ils ne sont jamais en panne et sont constamment là, de 11 heures jusqu’à 23 heures. Ici, c’est ce qu’il y a de mieux. » La jeune femme a dépensé un billet de 20 € et repart avec environ 2 à 2,5 grammes d’herbe. À l’abri des regards, elle montre ses emplettes sous plastique. « Je fume avant de dormir, pour me détendre, explique-t-elle. Je consomme en moyenne huit joints par semaine. Les trois quarts des gens de ma génération fument. »

Sébastien, lycéen le jour, guetteur le soir et le week-end

« À Saint-Ouen, je bosse sur tous les terrains : à Michelet, La Motte, Ampère, Émile... Moi, je suis un bon, je prends minimum 80 à 100 € par jour. Je vais directement parler au gérant du terrain. Et je demande toujours à être payé à la fin de la journée. À la semaine, ils peuvent te mettre une douille (t’arnaquer, ndlr). Par exemple, si le terrain s’est fait taper par la police, ils te payent moins. » À 19 ans seulement, il a déjà un CV à faire pâlir un recruteur. « J’ai travaillé dans ma cité, mais aussi dans le Val-d’Oise, à Saint-Ouen, partout », se vante-t-il, hâbleur.

Au cœur de la 13e et des audiences « shit et coke »

Bobigny est la deuxième plus grande juridiction de France, après Paris. Elle est aussi l’une des plus encombrées, avec un déficit criant de personnel qui n’a été que partiellement comblé à la rentrée 2016. La 13e, comme la surnomment les juges, est située à l’entrée, au rez-de-chaussée. Elle ne désemplit pas. Assister à une audience « shit et coke » à la 13e, c’est assister à un défilé de petits trafiquants et d’acheteurs.

Olivier et Karim gloussent deux ou trois fois sur les bancs de la salle. Ils ont l’air de deux adolescents attardés, et l’on en vient à se demander ce qu’ils font là. L’huissier qui entend de vagues chuchotements lance un sévère

« Silence ! ». Accompagnent-ils un ami plus âgé ? Non. Olivier, échalas à l’air ahuri, a en fait 21 ans. Il est guetteur. Karim, tout rond dans un sweat à capuche et un pantalon camouflage, a fêté ses 20 ans la semaine précédente. L’âge où tout est encore possible. Mais pas pour lui. Karim est vendeur.

Dans le 93, les trafiquants préfèrent blesser plutôt que tuer

Depuis plusieurs mois, un phénomène inquiète au plus haut point la préfecture et le parquet : les « jambisations ». Ce mode opératoire – traduction italienne de gambizzazione – est très prisé par la mafia italienne. Ces expéditions punitives ne font pas de morts : elles consistent à blesser, toujours aux jambes, et souvent très grièvement. En 2015, la préfecture du 93 en a répertorié pas moins d’une vingtaine, pas forcément toutes liées aux stups. Parfois, une rivalité amoureuse peut se régler à coups de kalach.

La méthode employée est la même que celle des trafiquants. Seul le mobile diffère. « En Seine-Saint-Denis et à Saint-Ouen, il y a peu de morts liés aux stups, répète le préfet. Les trafiquants préfèrent blesser, faire peur, menacer et séquestrer. Voir une personne blessée boiter toute sa vie marque plus qu’un décès qu’on finira par oublier, une fois l’émotion passée et la marche blanche terminée. »


Bertrand Dautzenberg, pneumologue, juge la législation française contre-productive


Pour le pneumologue, la législation française est « totalement inadaptée » et « contre-productive » : « La situation est catastrophique. La France est championne d’Europe dans la consommation de cannabis, mais aussi dans la répression. Pour un collégien de Paris, c’est aujourd’hui plus facile d’acheter du cannabis qu’un paquet de cigarettes. On est tous d’accord sur le constat d’échec. Il faut inventer quelque chose, sortir de l’impasse.

Qu’il y ait des désaccords ne me gêne pas mais qu’on s’interdise d’en parler, si. J’aimerais que les politiques s’occupent de la société française et qu’on parvienne à créer le débat pour l’élection présidentielle. »

Un combat sans fin

« Je ne me leurre pas : on vide la mer avec une petite cuillère, reconnaît la procureure de la République, Fabienne Klein-Donati, dans un entretien en 2016. Mais il faut faire en sorte que les gens qui habitent dans ces quartiers retrouvent une vie la plus normale possible. »

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Voir en ligne : Pour retrouver la page Facebook dédiée à la sortie de ce livre

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