Lettre ouverte à Mme Pécresse, Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

Lundi 25 janvier 2010 Objet : Votre Interview du 08 Janvier 2010 sur France 2 Madame le Ministre, A la suite à votre interview sur France 2, le 8 janvier 2010, ( je n’ai pu m’empêcher de la visionner à plusieurs reprises, car beaucoup de questions m’interpellent ) je me vois dans l’obligation de vous écrire afin d’avoir des réponses à mes questions. En effet, lors de votre interview, vous avez mentionné une question très importante, qui était : "Est ce que la Gauche, qui aura la responsabilité des lycées, est favorable à ce que la drogue pénètre dans les lycées d’Ile de France ?." C’était lors de l’émission les « 4 vérités », permettez-moi de vous offrir les miennes. Au risque de vous effrayer, j’ai consommé ma première cigarette en 6 ème, mon premier joint de cannabis au cours de la même année et en 4 ème, j’ai aussi expérimenté la cocaïne et l’ecstasy. Afin de rétablir la balance pour les jeunes d’aujourd’hui, il y a déjà bien longtemps que les drogues sont présentes massivement dans les lycées, pas seulement en Ile de France, et aussi certains collèges !!! Je n’étais pas seul, je ne suis donc pas "un cas particulier". Il y a donc déjà plusieurs années, des drogues légales ou illégales circulaient entre les cours dans les couloirs de notre école. Et je le reconnais, si quelqu’un avait pu nous informer sur la nature de ces produits, juste un minimum d’informations, afin de nous éviter la consommation de produits frelatés, et même pour d’autres le dosage approprié, si simplement quelqu’un avait pu apporter des réponses à nos questions, au lieu de nous laisser seul face à la justice et la loi...
Des lois, qu’à 14 ans évidemment personne ne peut prétendre connaitre, car même si "nul n’est censé ignorer la loi", à cet âge, nos livres de chevet ce sont des livres scolaires, pas le Code Pénal !
A l’époque, je craignais plus mon professeur principal, que des lois avec leurs articles et leurs alinéas, et la police et la justice. Tout cela pour témoigner directement et souligner que la « tolérance zéro » que vous prônez, cette répression aveugle - même si vous prétendez résoudre ces problèmes avec des caméras- ne change rien. Des caméras de vidéo-surveillance ne remplaceront pas le visage d’un acteur de terrain qui dialogue directement, librement. C’est un véritable encadrement qui est recherché par les usagers ou futurs usagers de substances psychoactives - que vous appelez à tort de manière générique « la drogue ».
Avec ou sans sanction pénale, les mesures de contrôle du phénomène lié aux drogues sont totalement différentes, car il s’agit bel et bien de la tolérance relative à l’usage de « « vitamines de l’esprit » ». Hier aux Etats Unis, aujourd’hui ici, la « tolérance zéro » est un mythe et tout à la fois une réalité cruelle frappant les plus fragiles, les exclus, les pauvres, les jeunes mais rarement ceux qui contrôlent en réalité le marché juteux de ce trafic, les statistiques le prouvent. Tant qu’il y aura de la demande, l’offre existera, n’est-ce pas une des lois cardinales de ce monde marchand, dont vous ? Objectivement depuis 1971, les drogues illicites ont toujours eu un temps d’avance sur les pouvoirs publics et la société. C’est un fait, qu’on le veuille ou non. Ce trafic est dynamisé par la prohibition, et plus les instruments de la répression se renforcent, plus les libertés individuelles sont violées, et moins l’état est garant des droits, notamment celui que vous érigez comme un dogme, la sécurité. Il serait surement plus judicieux de pouvoir réellement suivre le marché, de la production à la consommation, pour contrôler la provenance, la qualité, le dosage, et ainsi garantir les conditions de fabrication. Et bien naturellement, il faudrait fixer un nouveau cadre pour la distribution, pour définitivement combattre les individus peu scrupuleux (et les organisations criminelles) qui mélangent des produits nocifs et parfois mêmes toxiques, qu’ils revendent à prix d’or... pour empoisonner la jeunesse, comme vous dîtes si bien. Peut-être aussi serait il plus judicieux d’informer que de réprimer aveuglément ? Dans l’attente d’une réponse, je vous prie de croire, Madame la Ministre, à l’expression de ma respectueuse considération. Gaetan Doignies

