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"Se droguer pour le plaisir" - Séminaire EHESS / ASUD

Jeudi 9 février 2017 de 17h à 20h

Au programme du séminaire sur les drogues co-organisé par l’EHESS et ASUD, la prochaine Table-Ronde se déroulera le jeudi 9 février prochain et où interviendront :

> Patrick Pharo, Sandro Cattacin, Laurent Gaissad, Fabrice Olivet, Alessandro Stella.

> Laurent Gaissad, sociologue, qui a accepté d’intervenir en remplacement d’Aude Wyart (excusée), évoquera le Chemsex et pour cette occasion, nous aurons aussi le plaisir et l’honneur d’être accompagnés par Kiki Picasso et ses illustrations.

L’EHESS organise avec l’Asud un séminaire ce jeudi “Se droguer pour le plaisir”. Est-ce possible ? Existe-t-il une consommation de drogue heureuse ? Eléments de réponse avec Patrick Pharo, chercheur en sociologie morale, participant au séminaire.
Sociologue et auteur de “Philosophie pratique de la drogue“, vous participez ce jeudi à un séminaire à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) “Se droguer pour le plaisir”. La drogue peut-elle être un plaisir comme un autre ?

Patrick Pharo – C’en est déjà un ! Le plaisir est constitutif de la drogue. Tous les travaux de recherche neurologique en attestent, les drogues activent les circuits de récompense du cerveau, comme le sexe, la nourriture ou le sport, et procurent donc du plaisir. De ce point de vue, c’est donc un plaisir tout à fait comme un autre. Freud a ainsi consommé de la cocaïne toute sa vie comme d’autres boivent un verre de vin tous les soirs. Notre société porte sur les drogues un regard particulièrement hypocrite. Nous jugeons et stigmatisons ceux qu’on appelle les junkies, les toxicos, alors que toute notre vie est composée de dépendances. A la personne que l’on aime, au café, au tabac, à telle pratique sportive, au travail, à telle habitude, etc. La liberté consiste à choisir ses dépendances. Mais là où elles deviennent pathologiques c’est quand elles se transforment en addiction, qu’elles prennent le pas sur notre liberté. L’addiction est une pathologie de la liberté. En psychiatrie, on considère qu’un patient est addict quand sa consommation devient souffrance et prend le pas sur le reste de sa vie. Les Américains parlent ainsi d’usage abusif de drogue, d’un usage qui prend trop de place.

Il est quand même plus dangereux d’être dépendant à la cocaïne qu’accro au footing ?

Evidemment, les drogues sont dangereuses pour notre santé et évidemment, l’héroïne a plus de chances de vous rendre accro que le cannabis. Il ne s’agit pas de faire une apologie de la drogue. Les usagers racontent souvent que leur rencontre avec la drogue les a changés. On ne sort pas le même d’une histoire de drogue, mais comme on ne sort pas le même d’une histoire d’amour. Je pense que l’on peut comparer la consommation de drogue à la pratique de sport extrême. Pratiquer le saut en parachute, l’alpinisme, ou même la Formule 1 c’est à chaque fois prendre le risque de mourir, juste pour le plaisir ! Alors évidemment on va bien se préparer, minimiser les risques, mais ces derniers demeurent. Ne perdons pas de vue non plus que notre cerveau fonctionne de telle façon que nous prenons beaucoup de plaisir dans le simple fait de prendre un risque. Nous sommes faits comme ça ! La psychologie évolutionniste l’explique car le plaisir est lié au fait de réussir un test difficile. Naître, grandir, vivre, se reproduire est dangereux, difficile, et pour survivre nous devons donc être capable de prendre des risques, être motivé par le plaisir de la récompense.

Faudrait-il alors légaliser les drogues et les encadrer comme on encadre la pratique de l’alpinisme ?

Je suis en faveur de la légalisation de toutes les drogues. Déjà pour lutter contre les trafics, l’économie clandestine et les ravages humains causés par les cartels. Ensuite, car selon moi il est injustifiable d’interdire une consommation d’un produit qui ne vous fait du mal qu’à vous-même. Je ne pense pas qu’il n’y aurait pas davantage d’addiction si les drogues étaient légales. L’addiction est la révélation d’une vulnérabilité exprimée dans certaines conditions. De nombreux GI, par exemple, au retour de la guerre du Vietnam, alors qu’ils consommaient de l’héroïne ou de l’opium tous les jours, ont spontanément cessé leur consommation au retour. De nombreuses études ont également été menées sur des animaux attestant que, mis en présence de cocaïne à volonté, ils avaient bien plus de chance de devenir addict s’ils étaient dans un environnement austère. Mis dans un environnement favorable, les rats consommaient bien moins de drogue et pour certains s’en désintéressaient.

Comment procéder ? Peut-on raisonnablement imaginer une société où l’on irait acheter son héroïne au bureau de tabac ?

(Rires) Evidemment, le sujet est complexe ! Mais vous savez aujourd’hui vous achetez déjà de l’opium en pharmacie, présent dans certains médicaments ! Bien sûr la vente des drogues devrait être sérieusement encadrée et contrôlée. Je n’ai pas de réponse toute faite mais nous devons déjà nous poser les bonnes questions. Je pense qu’il faudrait organiser une concertation avec les acteurs du secteur, usagers, associations, corps médical, etc. Nous devons repenser notre rapport aux drogues et à la pharmacopée en général. Pourquoi le corps médical a-t-il par exemple le monopole du contrôle de la pharmacopée ? Pourquoi considère-t-on que la chimie doit seulement soigner ? Pourquoi ne pas conduire des travaux de recherches pour justement rendre les drogues moins addictives, moins dangereuses ? Nous acceptons d’utiliser la chirurgie pour nous embellir mais pas la chimie pour nous stimuler, ou nous divertir, ? Pourquoi ? Notre hypocrisie nous empêche de réfléchir.

Voir en ligne : Pour lire l’interview de Patrick Pharo

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